je prends ma bagnole

je prends ma bagnole, je gueule ou parle en enregistrant sur mon téléphone portable. c’est un des seuls endroits où je me sente libre de m’exprimer, de hurler, sans me faire embarquer. la bagnole a un problème, j’ai enregistré le son du problème qui fait écho par bonheur à un message qui m’a irrité. après je fais un montage de plusieurs des pistes que j’ai enregistrées de façon brute. et voilà c’est prêt. je partage avec mes amis virtuels. j’envoie ces fichiers à des radios qui ne le passent pas (qui aurait envie de diffuser un tel boudin ah ah) mais qui me font des commentaires parfois. ça m’amuse ce qu’ils me racontent (c’est souvent plus intéressant que ce que j’ai fait, leur commentaire avisé de personne empêchée). ce qui importe pour moi c’est l’instant, une certaine forme d’énergie, la démarche plutôt que le résultat. la « poésie » ce que j’appelle moi la poésie (et qui n’a rien à voir avec celle des autres j’imagine ah ah c’est pour cela que aussi je l’aime car elle saisissable et insaisissable. j’ai longtemps détesté et aimé aussi ce mot je ne sais pas quoi en faire c’est toujours fluctuant selon le temps l’humeur la puissance du vent la luminosité etc. je ne sais pas vraiment ce qu’il veut dire. elle échappe aux définitions sans y échapper) m’aide depuis longtemps à survivre. j’étouffe, les paroles discours messages de toutes sortes que j’entends et vois m’étouffent depuis longtemps, c’est une façon de leur répondre sans réel espoir que ça change quoi que ce soit à la situation mais cela me transforme et me libère au moins sur le moment en tout cas, comme le fait d’avoir échanger avec des personnes sur le sujet, d’essayer quelque chose, et de rater la plupart du temps (tout le temps? on s’en fiche). Ca me touche chez les gens, le moment où malgré la honte inculquée, la colère rentrée, macérant, on se lance malgré tout, on sature, on pose problème, on bafouille, ça se détraque, on griffonne un truc, on y va, on tente de façon plus ou moins merdeuse, misérable, rachitique et anarchique, malgré et contre tout. En l’écrivant, ça me file les larmes aux yeux. voilà. et puis un peu plus tard, ça me fait sourire.